Olofio, la revenante…

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Published on: 29 mars 2013

Nous avions annoncé son assassinat en janvier.  Aujourd’hui, nous vous la présentons vivante

 Le 7 janvier 2013,  l’Association des Radios Communautaires de Centrafrique avait publié un communiqué de presse dénonçant l’assassinat d’Elisabeth Blanche Olofio, journaliste à Radio Be Oko de Bambari en Centrafrique. Cette information a semé le désarroi et suscité des réactions dans le monde entier. Coup de tonnerre, lors de la rencontre des acteurs politiques avec le président de la République, au Palais de la Renaissance, celui – ci  a répondu à un participant, qui se plaignait du silence  de certains médias sur la crise en RCA et notamment l’assassinat d’une journaliste, « il paraît qu’elle est vivante ».

Olofio pendant une émission publique le 20 septembre 2011 à Bambari © ARC

Cette information est aujourd’hui confirmée car l’équipe de l’ARC  l’a rencontrée. Mais que s’est-il passé pour qu’on l’ait mise sous le feu des projecteurs de l’actualité ?

D’après son récit et celui d’un employé d’une ONG en congé dans la localité au moment des faits, la Coalition Séléka a pris la ville de Bambari le 23 décembre 2012, mettant en déroute les FACA (Forces Armées Centrafricaines). Apparemment, une cohabitation pacifique s’était installée entre les nouveaux maîtres et les habitants de la ville, jusqu’au jour où les FACA ont voulu reprendre la ville. Les quartiers de la Rive Droite de la Ouaka ont été le théâtre des affrontements acharnés entre les belligérants. La Coalition Séléka a demandé à la population de ces quartiers de vider les lieux pour éviter d’être victime des combats. Le 28 décembre 2012, passant de maison en maison, ils ont informé la population qu’ils allaient brûler toute la zone, les rassurant que rien n’arriverait à leurs biens et habitations. Elisabeth Blanche et sa tante se sont réfugiées dans un campement agricole à une dizaine de kms de la ville, laissant quelques jeunes de la famille comme gardiens des maisons. Le 4 janvier, un groupe d’éléments de la Coalition Séléka conduits par des jeunes de la ville et du quartier bien connus, a pillé la maison de Elisabeth Blanche emportant moto, pousse (charrette à bras), sacs d’arachides, feuilles de contreplaqués, tôles (elle avait des travaux à faire pour finir sa maison), vêtements et une somme d’argent. Elisabeth Blanche, informée de la situation, est revenue en ville pour constater les dégâts.  Des voisins sont venus l’entourer. L’un des jeunes qui avaient conduits les pillards est passé juste en ce moment et l’un des voisins l’a reconnu. Il a été interpelé et pendant qu’Elisabeth Blanche le questionnait, une fille du quartier (copine d’un élément de la Coalition) a alerté la Coalition. Peu après, un véhicule Land Cruiser pick up est arrivé avec une trentaine d’éléments à bords. Ils ont encerclé la maison et commencé à battre à coup de crosse tous ceux qui étaient là, arrachant une partie du lobe d’une oreille d’un cousin d’Elisabeth sous le regard du colonel, …. . Elisabeth Blanche a reçu des coups de crosse sur la tête et s’est évanouie. Les assaillants sont repartis laissant sur le site des blessés et Blanche Elisabeth étendue.

Olofio à son arrivée en mars 2013 à Bangui © ARC

Ranimée, elle a pu se rendre à la Station Total, transformée en QG de la Coalition. Elle a discuté avec le colonel et a reconnu certains de ses biens qui lui ont été rendu sur le champ. D’après le colonel, ses éléments l’auraient  informé qu’ils avaient trouvé des tenues militaires et des grenades dans sa maison. Et puis de toutes les façons, c’est une journaliste à la langue bien tranchante qui utiliserait son micro pour faire la morale aux gens. Où aurait-elle trouvé l’argent pour construire cette maison ?  Son nom est gbaya. Elle ne serait  pas de la région.  Elle serait donc pro Bozizé.

Souffrant des commotions et chocs reçus, elle a été reconduite  au campement agricole où elle est restée. Sa surprise a été grande quand, le 11 janvier, elle a entendu à la radio la nouvelle de l’assassinat d’une journaliste de sa radio. Elles ne sont que deux journalistes femmes dans cette ville.  Elle a pensé à sa consœur mais est vraiment tombée en syncope quand trente minutes plus tard, elle a entendu son nom. L’après midi, une délégation de femmes (OFCA, Association des Femmes para juristes, …) amenée par un groupe d’éléments de la Coalition Séléka, est allée la chercher au campement. De nombreuses personnes la connaissant ont fait aussi le déplacement pensant venir aux obsèques. Tout ce monde a réussi à la convaincre de repartir en ville pour se faire soigner. Le colonel de la Coalition Séléka a pris l’engagement d’assurer les frais même si cela n’a pas été le cas.

Aujourd’hui, Elisabeth Blanche souffre encore des séquelles. Elle dit qu’elle a mal perpétuellement mal à la tête, mélange les évènements, ne dort pratiquement qu’une heure et demie par jour, … un véritable bilan médical et peut être une prise en charge psychologique s’imposent.

Bilan et prise en charge difficiles à faire sur place à Bangui à cause de la faiblesse du système sanitaire. Aux dernières nouvelles, des éléments de Séléka seraient à sa recherche…

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